Nouveau numéro: séismes politiques africains

25 Août, 2011
Revue Géopolitique Africaine

C’était janvier. Nulle hirondelle dans l’air. Et soudain, comme la foudre dans le ciel bleu, là où les observateurs les plus avertis s’y attendaient le moins, une série de grondements. Tunis, Le Caire,  Tripoli,  Sanaa, Damas… Le printemps  arabe !...  On  a les métaphores que l’on peut.

Le moment de surprise passé, les observateurs déclaraient qu’il ne fallait  pas s’en étonner. Les pythies  avaient  été myopes. Ici  et là, quelques têtes tombèrent. Les grilles de lecture donnaient le la : le vent de la démocratie faisait son œuvre.

La vérité est que l’on ne sait pas encore le fond des choses. N’en déplaise aux historiens du dimanche, c’est avec le temps que l’historien professionnel parachèvera son enquête et reconstituera la chaîne des effets causals.

Comment expliquer par exemple la révolution du jasmin ? On connaissait les atteintes aux droits de l’Homme, on avait connaissance des agissements  de la  famille  et du clan  Trabelsi.  Mais,  en même temps, la  Tunisie  n’était-elle  pas un rempart  contre l’islamisme  ? N’était-elle pas le quatrième pays africain par l’indice du développement humain selon, référence prestigieuse, les Nations Unies ?…

Ainsi donc la Tunisie de Ben Ali, considérée par l’Occident comme une vitrine  modèle  pour  ses performances dans les  domaines  de l’éducation publique, de la santé et du tourisme, n’était qu’un « tigre de papier » — pour reprendre une expression oubliée.

Le prêt-à-parler (qui est aussi le prêt-à-penser) expliquera, après coup, l’événement  par la  volonté  populaire.  Il y eut, en effet, des manifestations courageuses et ininterrompues. Avec une participation impressionnante et soutenue… mais qui, à Tunis, ne rassembla, au plus fort de la crise, que moins de vingt mille manifestants.

On aimerait savoir comment un mouvement spontané, une alliance mal définie, hétéroclite, somme toute assez fragile, enraye et fait céder, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, une machine policière et répressive bien montée, bien articulée, bien huilée ? Comment ce qui a été possible à Tunis ne l’a-t-il pas été à Damas, à Sanaa, ou dans le Golfe, et l’a été, suivant un scénario différent, au Caire ?... La société civile et les réseaux Internet, nous explique-t-on. Je le crois. Mais n’y aurait-il pas eu, aussi, une force encore plus puissante que le peuple, qui en sous-main, après avoir pris fait et cause pour ce dernier, a agi, a contraint l’officier supérieur Ben Ali à prendre la poudre d’escampette ? L’armée peut-être. Mais pourquoi et comment a-t-elle lâché un homme de son sérail ? Quel sera ensuite son rôle ? Qui sont les gagnants de l’opération ? Tous des démocrates ? Tous sur la même longueur d’onde ? Même s’ils ne sont pas aux commandes, mais sur les bancs de touche, aux aguets, quel est le poids réel des islamistes ? Quels islamistes ? Partisans de la charia, tendance « Frères musulmans » égyptiens, sympathisants d’Al-Qaïda, modernistes modèle turc ? Autant de questions qui méritent d’être mieux élucidées.

Les articles de ce numéro apportent sinon des réponses du moins des éléments pour approfondir la réflexion.

Et la  Libye  ? Le rôle  de l’Union  africaine  ? Les motivations  de l’intervention euro-américaine ?…

Le Guide Kadhafi est sans doute un individu peu recommandable. Mais enfin, la communauté internationale ne s’accommodait-elle pas, jusqu’à l’hiver dernier, du personnage ? Coopérant avec lui, lui vendant des avions et des armes, lui rendant visite, le recevant en grande pompe ? Il figurait en tête des pays africains dans le classement des pays selon  l’indice  des Nations  Unies  pour  le  développement humain ? Que s’est-il produit en Libye, ou hors de Libye, pour changer les appréciations ? Et qui sont les insurgés de Benghazi ?

Qu’est-ce qui pousse des nations respectables, au demeurant échaudées par les  aventures, vietnamienne  avant-hier,  afghane et irakienne  hier  et aujourd’hui,  à se lancer  dans une  intervention aérienne… dont les hélicoptères s’approchent de plus en plus du sol ? Pourquoi agir en Libye et pas, hier, en Afrique du Sud contre l’apartheid,  aujourd’hui  en Syrie,  au Yémen, en Corée du Nord  ? Quelle analyse, quelles motivations, quels intérêts, suprêmes ou froids et immédiats, conduisent une puissance dont la doctrine est de reconnaître les États, et non les régimes, à mettre en place les bases de relations diplomatiques avec une rébellion, certes honorable, sympathique et respectable, mais dont les contours restent flous ?

Il sera intéressant, à cet égard, de lire l’article du professeur Charles Zorgbibe, l’interview du ministre Alain Juppé et, surtout, l’interview que nous a accordée le Président Denis Sassou N’Guesso. La hauteur de vue et la liberté de ton du chef de l’État congolais rendent ses propos encore plus percutants.

Ces articles raviront certains, feront réagir les autres. C’est un des objectifs de Géopolitique Africaine. Susciter la réflexion et provoquer le débat. Le sujet est vaste. Nous y reviendrons sans doute dans les numéros suivants tant il s’agit d’un mouvement qui vient à peine de s’amorcer et dont nul ne sait ni l’ampleur ni les limites.

Le monde change vraiment  de bases et il n’est pas sûr — qu’il s’agisse de ceux qui nous gouvernent, des « forces nouvelles », voire des observateurs les plus avisés — que l’on sache bien où se trouve le nord et quel est désormais le point cardinal le plus attractif.

 

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