Table ronde Géopolitique Africaine : l’intégration régionale, enjeu majeur pour l’Afrique

Table ronde Géopolitique Africaine : l’intégration régionale, enjeu majeur pour l’Afrique

La nécessité d’une intégration régionale, selon Henri Lopes

« Nous avions été invités, ambassadeurs africains, au mois de janvier, par le MEDEF-International, à l’occasion de la présentation des vœux. Et je me souviens que le président du MEDEF-International avait dit : «  C’est très simple, pour nous, cette année 2012, c’est l’année de 0, 2, 4, 6. Zéro (0), plus ou moins, c’est le taux de croissance de l’Europe. Deux (2), ça sera  celui de l’Amérique latine, quatre (4), celui de l’Asie, six (6), celui de l’Afrique. » Alors, les Africains, évidemment, nous avons aussitôt arboré le sourire et montré la blancheur de nos dents. Mais lorsque j’entends ça, j’ai tendance à jouer les rabat-joie  et à dire : «  cette Afrique qu’on décrit n’existe pas ! ».

L’Inde est un continent, le Brésil est presque un continent, la Chine en est presque un autre. Et nous, l’Afrique, cette Afrique dont on parle, aussi bien en ce qui concerne le taux démographique que le taux de croissance, n’existe pas encore. Et, je fais partie d’une génération qui a cru et qui a pensé, qui a souhaité l’indépendance de l’Afrique dans une Afrique unie.

Je prends l’exemple de notre petit Congo. A l’heure actuelle, nous sommes dans une période ascendante en taux de croissance macro-économique, due notamment à la production pétrolière. Mais lorsque nous tentons de mettre en place une industrie et que nous faisons toutes les études de faisabilité et de rentabilité, on s’aperçoit vite qu’aucune usine au Congo ne peut marcher si elle ne joue que sur le marché congolais : 4 millions d’habitants pour un territoire grand comme les 2/3 de la France ou comme l’Allemagne réunifiée, plus ou moins l’Espagne aussi. Et, aussitôt, tout... tout projet de développement économique nous oblige à penser avec notre grand voisin, la République démocratique du Congo. Nous n’avons pas peur d’être mangés par la République démocratique du Congo, mais nous voudrions qu’une intégration, par exemple, se fasse où personne ne perdrait et, bien sûr, avec tous les autres pays qui sont ceux de la CEMAC. »

Stephen Ducam a proposé une approche politique. Il s’agit de créer dans un premier temps « la richesse pour faire reculer la pauvreté » et ensuite une approche économique qui respecte un certain nombre de critères, à savoir « l’existence des produits, des ressources humaines, financières, et un marché », ce qui constitue selon lui « une base minimum pour une intégration économique et pour un investissement viable ». Il considère la solidarité entre les pays d’une même région comme la condition essentielle à une forme d’intégration. Or à l’heure actuelle, l’Afrique peine à multiplier les échanges intrarégionaux pour des raisons infrastructurelles et d’insécurité dans le transport des marchandises par voie routière.

Au niveau des politiques actuelles, Carlos Lopes constate une insuffisance de l’intégration physique, des échanges commerciaux particulièrement absents en Afrique centrale (moins de 2%), une circulation des marchandises et des services dans la région quasi inexistante et un grand secteur informel. Bon gré mal gré, l’Afrique doit vivre dans l’ère de la mondialisation avec pour objectif de peser sur la scène internationale où prévalent des logiques de globalisation avec les outils d’insertion que sont ses ressources naturelles, sa démographie – en 2050 sa population va doubler, passant de 1 milliard à 2 milliards d’habitants, dont plus de 63% seront des jeunes, un véritable réservoir pour la consommation –, et son urbanisation – 60% d’Africains vivront dans la même période dans les villes. Pour peser sur l’échiquier international, le Continent doit lutter contre sa fragmentation.

Il pense que si ces progrès sont réalisés, ils entraîneront des défis nouveaux et des chocs nés de l’explosion démographique, du décalage entre l’accroissement des besoins et la croissance économique, par exemple des déséquilibres régionaux entre les régions en manque de ressources, comme la bande sahélienne, et une région comme l’Afrique centrale pour son excès de richesses. Il souligne qu’il est temps de forger de nouveaux outils plus adaptés aux situations à venir, capables d’affronter des défis bien au-delà des blocs régionaux, sous de nouvelles formes de concentrations.

De prime abord, Carlos Lopes pense que les pays africains ont besoin d’être mieux préparés pour bénéficier de partenariats avec les nouveaux pays émergents afin de faire fructifier leur commerce, bénéficier des transferts de technologie, acquérir des infrastructures de qualité, et ainsi accélérer leur processus de développement. Pour y parvenir, il prône un leadership fort afin de développer une vision commune et saisir les opportunités qui se dressent devant le Continent. Il postule des financements innovants dans le cadre de projets « conjointement ficelés, qui impliquent les acteurs locaux à toutes les étapes du processus », considérant que l’appropriation des programmes de développement par les acteurs est un facteur clé de succès. Il plaide pour définir une pensée stratégique et des positions négociables vis-à-vis des partenaires nouveaux, mais aussi des partenaires anciens.

Il pense que l’informel, les banques africaines et leurs réseaux, et les pays émergents seront les trois grands outils intégrateurs en Afrique, avant de rappeler le poids économique de la Banque africaine de développement, dont le portefeuille d’investissements est aujourd’hui plus important que celui de la Banque mondiale, et plaide pour une meilleure gouvernance afin de se préparer aux exigences des sociétés futures – transformations économiques, politiques, culturelles, etc. Il a également insisté sur la complexité des interactions entre la dimension globale et locale et la vulgarisation d’internet.

Dans son intervention, François Gaulme a trouvé une explication à cette balkanisation de l’Afrique dans les propos du dernier gouverneur général de l’Afrique occidentale, Pierre Messmer : « Des raisons de sécurité », disait-il, qu’il expliquait comme suit : « Le problème de l’Afrique devient très difficile à régler en ce qui concerne la sécurité, parce que les nations africaines n’existent pas. » Or les mêmes raisons de sécurité plaident aujourd’hui dans le sens inverse, en l’occurrence l’intégration régionale pour limiter par exemple les risques d’insécurité humaine en vue de garantir des dynamiques de paix.

François Gaulme a souligné l’avance des aides chinoises sans conditionnalités démocratiques pour les pays africains et pense que l’Aide publique au développement française et européenne sera revisitée dans les prochaines années. Mais cette route dessinée par les intervenants est longue à bâtir, ont-ils eux-mêmes reconnu.

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